L'ECRIT DE JOIE

L'ECRIT DE JOIE

Estelle, la jeune fille du conservatoire - (Episode 44)

 

 

                                                             Estelle

 

Durant les semaines qui nous séparaient des vacances de Pâques, les cours se déroulèrent avec une normalité que j’avais oublié. Estelle arrivait à l’heure, bavardant souvent avec d’autres élèves. Rien ne pouvait laisser transparaître qu’entre la jeune fille et moi, il y eut une des plus merveilleuses histoires. Elle quittait le cours avec les autres, en me saluant de la même façon.

 

C’est après le dernier cours, avant les vacances, que Christelle laissa un billet plié à mon attention sur son pupitre. < Je viens chez vous, samedi pour 14 h ! >. Je dépliais ce papier avec d’infinies précautions. J’ai du lire cette phrase d’innombrables fois. Je serrais ce petit billet contre mon cœur. Un bonheur sans nom se mit à me submerger. Je me surpris à sauter, à chantonner en quittant la salle de cours.

 

Le samedi arriva enfin. J’étais sur mes gardes, envahi d’une impatience folle. Les trois coups de sonnettes retentirent. Je me précipitais pour ouvrir la porte. Estelle entra calmement. Nous nous fîmes la bise. Je l’invitais à venir au salon. Je lui proposais thé, café et petit gâteaux. Comme jadis. Elle se laissa tomber au fond du canapé en soupirant. < C’est génial de t’avoir ! > me fit elle.

 

< Jonathan est ingénieur informaticien. Il a monté sa boîte cet hiver et ça fonctionne déjà très fort. Je vais le rejoindre à Nantes et m’installer avec lui. Je continue mes études là-bas. Les parents de Jonathan ont fait connaissance des miens. Le courant passe très fort. En cas de pépins, ses parents prennent le relai ! >. J’écoutais tout cela avec ravissement. Que pouvait-il arriver de mieux à cette délicieuse jeune fille de "bonne famille" !

 

Je la félicitais pour son esprit d’initiative, son courage et pour la nouvelle vie qui l’attendait d’ici six mois. < C’est toi qui m’a "grandi". Sans notre aventure, jamais je n’aurais pu m’éveiller à tel point ! > me fit Estelle. Je tempérais quelque peu son enthousiasme en lui rappelant que c’est d’abord ses capacités intellectuelles, ses capacités à la réflexion et ses initiatives qui sont les déterminants et le vecteur de ce qui arrive. Je n’avait été, après tout, qu’une sorte de catalyseur.

 

< On se fait un dernier après-midi de folie ? > me demanda t-elle soudain après un long silence. Je me suis assis à côté d’elle, un peu paternel, pour lui signifier : < Ce ne serait pas bien, ni pour toi, ni pour moi ! Il ne faut pas ouvrir des chairs qui sont entrain de cicatriser ! Ce serait détruire tout ce que nous avons vécu ! >. La jeune fille resta dubitative, presque étonnée.

 

Je ponctuais mon affirmation en lui déposant un délicat bisou sur le front. < Ta sagesse est plus grande que la mienne ! > fit elle en me prenant la main. < Tu sais, Estelle, un jour tu me remercieras pour ne pas avoir accédé à cette dernière requête ! > lui fis-je en lui caressant sa main à mon tour. Nous restions silencieux à nous observer en coin. Plusieurs éclats de rire soulignaient notre complicité toujours si présente.

 

Estelle, soulagée, rassurée et heureuse s’en alla vers 16 h30. Je la regardais partir depuis la fenêtre. en montant la ruelle, elle s’arrêta pour se retourner. Elle resta ainsi un petit moment à observer ce qui ferait à présent partie de son passé. C’était la dernière fois que je voyais la jeune fille. Quelques courriels qui se diluaient et s’espaçaient dans le temps pour disparaître définitivement au début juillet.

 

Cette merveilleuse histoire restera en moi jusqu’à mon dernier souffle. Pas une journée sans que j’y pense. Une légère nostalgie vient alors parfois m’envahir de quelques étranges frissons. C’est un élève du conservatoire qui m’a appris que la jeune fille s’est installée avec Jonathan dans un grand appartement à Nantes. Au début du mois de septembre.

 

Merci Estelle. Du fond de mon cœur…

______________________

Tous droits réservés - © - 2017 -

 

L'utilisation, toute ou partie, d'un texte, (ou photographie), par copié/colé par exemple, sans le consentement de l'auteur, constitue une violation de la propriété intellectuelle. Délit sanctionné par l'Article. L.335-2. du Code pénal.  

La divulgation d'informations relatives à la vie privée, ou à l'identité, constitue un délit sanctionné par les articles 706-102-1 (Informatique) et 88-227 du code pénal.

 



02/03/2017

A découvrir aussi